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35mm Note

Le soleil se lave

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Quelques minutes avant, Charlotte a partagé un morceau de Slint. Et comme Slint c’est toujours une bonne idée, je me suis lancé dans l’album Spiderland avant de me lancer dans la recherche de cette photo avant de me lancer dans l’écriture de ce petit texte avant de le poster ici.

Il a d’abord fallu que je passe en revue mes dernières photos pour décider laquelle j’allais poster. J’avais forcément des voitures cassées dans le dossier, j’ai même une photo d’une voiture qui vient de bruler. La vie vite. Du feu et des bagnoles. Furious & Fast. Mais je ne me sentais pas trop dans un mood furieux et rapide, je suis plutôt placide et lent en ce moment. L’univers est un peu trop chamaille avec moi et il appuie beaucoup sur mes épaules depuis quelques jours. J’ai d’avantage besoin d’une chaise de jardin que d’un siège baquet.

Alors j’ai vu ce soleil, là. Apaisé. Qui n’attend rien d’autre que de se coucher. Il a fait son taf. Il s’est levé, il a chauffé, il s’est couché. Avec ou sans nous à ses côtés, il se lève, il chauffe, il se couche. Il n’attend rien de moi, à part peut-être s’il est bien apprêté, avec ses petits arbres et son ciel orange, il m’attend pour que je le photographie ou au moins que je m’asseye sur une chaise en plastique pour le regarder se coucher. Mais je ne fais jamais ça. Ou trop rarement. Sans doute parce que je sais. Qu’il finira toujours par se lever. Demain.

À l’exact moment où j’écris cette dernière phrase, Spiderland fait son petit tour et Slint vient me chanter à l’oreille « Promise me the sun will rise again » et c’est peut être la collision dont j’avais besoin. Cette photo de soleil qui se choisi d’elle même dans mes archives, ce bout de phrase qui s’invite dans ce texte et cette chanson, Washer, qui me promet, au moment où je l’écris, que le soleil se lèvera à nouveau. Demain.

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35mm Luikster Note

Maserati Merak, fête des pères et The Durutti Column

Quelques mots sur la playlist de cette semaine. Je ne sais pas pourquoi. Mais ils fallait qu’ils sortent, ces mots et ces morceaux.

Tu peux l’écouter ici: http://luik.lnk.to/damienaa en lisant là:

Alors il y a forcément nos 4 dernières sorties — liées au label ou à l’agence (sauras-tu les retrouver?) — mais il y a aussi deux ou trois histoires d’autour. « D’autour » ça sonne comme « d’amour » à quelques lettres près. Comme par exemple plusieurs morceaux de ce renouveau du jazz, ce nouveau jazz, ce neo-jazz, mais pas fusion, pas chiant, assez groovy, mais aussi un peu casse tête, et donc joli, qui m’est parvenu aux oreilles durant la soirée de samedi dernier chez mon pote Olivier, pas du tout arrosée à l’alcool puisque je n’en bois plus, mais arrosée à l’infusion de sauge séchée parce que « c’est comme de l’arnica pour le cerveau ». Alors il m’a fait découvrir le label International Anthem, qui sort notamment les albums de Jeff Parker de Tortoise mais aussi de Ben Lamar Gay qui devait venir jouer à l’Atelier 210 en avril. Durant cette même soirée, on parle de cette scène de Chicago qu’on écoutait beaucoup durant nos années pré-papa, avec les multiples projets de David Grubbs, Jim O’Rourke, John McEntire et donc forcément Gastr Del Sol (qui se retrouve dans la playlist). Et puis l’algorithme Spotify qui nous sort une chanson de The Durutti Column. Je n’ai jamais écouté ce groupe, c’est gentil, Spotify, de me faire découvrir cet album sorti il y a 41 ans, l’année de ma naissance, ça passe vite un disque. Ça passe vite le temps. C’est marrant comme un jour peut sembler lent, mais une année. Elle est là et puis elle est partie.

Aujourd’hui c’est la fête des pères alors il y a aussi un extrait du dernier EP de James P Honey de Buriers, sorti vendredi, une chanson qui s’appelle « Father ».
J’ai donc appelé mon père pour lui souhaiter une bonne fête et j’en ai profité pour lui poser quelques questions sur cette Maserati Merak (en photo) qui lui appartient et qui m’a toujours intriguée, sans vraiment savoir pourquoi. Elle me fascine au point où un jour j’ai demandé à mon ami tatoueur Sander (Nothingness de son nom d’époque, quand il pratiquait encore le tatouage) de la dessiner, dans son style, et de la tatouer sur mon avant-bras droit. Celui qui contient presque exclusivement des marques de vanité, comme le mot ROLEX — mon premier tatouage « blague », mais premier tatouage tout court, fait par Jean André en 2012 — la mort qui danse ou une Maserati Merak.

Mon père vient de m’apprendre que cette Merak est sortie de l’usine à Modena en Italie en avril 1979. Exactement au même moment où moi aussi, je sors de l’usine, à Liège.
Et juste pour être certain que tout ça était bel et bien prévu depuis le début, j’ai vérifié quand était sorti l’album The Return Of The Durutti Column, dont je partage un morceau dans la playlist. Et effectivement, je découvre à l’instant qu’il est sorti en 1979.
En avril.

« Funny how a day can seem so slow
but a year – it’s here then it goes »

— James P Honey

Tu peux écouter la playlist ici: http://luik.lnk.to/damienaa

Et merci d’avoir lu jusque là.

Edit 1: En plus de la métaphore cavalière de « la sortie d’usine » de la Merak et de moi-même, le label de The Durutti Column, c’était « The Factory ». Ça veut dire « usine » en anglais. Voilà, merci Nicolas d’avoir remué ça pour que je m’en aperçoive.

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Ecrire Photo

Bobin

Le virus Bobin se propage dedans moi.

Les livres de Bobin sont à la fois très fins et très épais. Une centaine de pages seulement mais dans lesquelles chaque phrase contient une centaine de couches. Comme un oignon. Un gros oignon. De la taille d’un cœur humain.

J’ai passé cette semaine à Laval, en studio avec It It Anita, entouré de 4 ou 5 de ses livres dans lesquels je m’arrêtais quelques minutes, au hasard de celui qui me tombait sous la main, dans lesquels je picorais des mots.

Je suis toujours passé à côté de cet auteur parce que je le confondais avec Japrisot. Je ne sais pas pourquoi. Sans doute je confondais « Un long dimanche de fiançailles » et « Une petite robe de fête ». Et les longs dimanches de fiançailles c’est pas trop mon truc. Enfin je crois. Je sais pas. Peut-être ça dépend des dimanches, des fiancés, de la robe et de la fête.

« Écrire, c’est dessiner une porte sur un mur infranchissable, et puis l’ouvrir »

— Christian Bobin

Et moi, les portes que je connais le mieux c’est les portières de bagnole. Parce que j’ai grandi dans un garage. Un vrai garage, avec des voitures démontées et des taches d’huile au sol. Alors forcément quand, en novembre dernier, après un concert à Nantes, on rentre pour dormir et que je vois une portière sur un divan, je la prends en photo. Ceci dit, la cocasserie de déposer une portière sur un divan, dans le salon d’un appartement nantais, m’aurait quand même poussé à la photographier, même si j’avais grandi dans une pépinière ou un ruche.

Merci Taïla pour Bobin. Merci Nantes pour la photo. Merci Papa pour les taches d’huile.

Lire Christian Bobin c’est remonter à la surface, prendre une respiration pour ensuite replonger dedans soi.

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Luik Music Photo Process

Bothlane. Hornet.

Le truc cool quand tu fais tout le temps des photos de trucs qui paraissent sans intérêt, comme ce marquage au sol qui ressemble à tous les marquages au sol du monde, c’est que ça permet d’avoir une grosse citerne remplie d’image et de aller puiser dedans quand t’as besoin d’une idée.

Bothlane Hornet Modular Synth Cover Artwork

Bon, après, raison gardons, elle n’est pas non plus complètement folle cette photo. C’est juste une photo d’une flèche jaune dans un parking (on tournait en Espagne avec It It Anita, fin 2018, avec Shht). Mais prendre la peine et le temps et l’argent de faire ces photos sans intérêt en argentique avec un petit appareil compact — un Olympus Mju-II et de la pellicule Kodak Portra 400 — ça leur donne un cachet, un texture, un grain, une déformation, qui peut-être un jour leur donneront un intérêt.

Et puis un jour Alain, le batteur de The Brums (Luik Music — album bientôt) nous demande si on a pas une idée pour la cover du premier single digital de son projet solo, Bothlane (drums + modular synth, à lui tout seul), je fouille vite fait dans mon dossier Photo / Brutes et cette photo, avec laquelle je ne pensais jamais rien faire, se révèle être en parfaite adéquation avec le projet et le morceau.

Les liens que j’ai trouvé marrant entre le son et l’image, des petites choses sans importance, c’est notamment les deux directions indiquées par la flèche, les deux chemins, both lanes (bon ok, il y en a trois). Et puis il y a aussi le caractère jaune et rayé et piquant, qui rappelle le frelon, hornet. Je ne vais pas parler de l’aspect vaisseau de l’espace qui était la raison pour laquelle j’ai pris cette photo au départ, mais ça peut coller aussi, à l’écoute du morceau.

Une petite cerise sur ton gâteau. N’hésite pas à te trimballer non-stop avec un carnet, petit, grand, large, ligné, pas ligné, et note tout, tout le temps, fais des dessins ou écris des phrases avec des mots ou fais des photos avec ton téléphone ou un n’importe quoi, pour ne pas oublier des choses.
Peut-être un jour ça te débloquera une idée. Ou simplement la veille de ta mort tu te souviendras en retrouvant ton carnet qu’un chien déguisé en chef de gare t’avait fait trop marrer!

Pour en revenir à Bothlane, tu pourras te faire ta propre idée et l’écouter dès ce dimanche. Le clip est vraiment super et sans vouloir spoiler, juste un peu teaser, je dirai juste deux mots: danse contemporaine.
Avant ça, tu peux déjà pré-sauvegarder « Hornet » dans ta bibliothèque musicale préférée en suivant ce lien: https://ffm.to/hornet
Et pour les Patrons, le clip est déjà visible en exclu. Si tu veux soutenir tout ce qu’on fait avec Luik Music et le podcast Amour, Gloire & Chips, et voir le clip, voilà le Patreon de l’amour: http://bit.ly/MERCIMERCI

Parle-moi sur Twitter ou Instagram pour me dire si tu vois d’autres choses dans cette image.